Demeures insolites #1 – L’univers du poète ferrailleur

Illustration de Antonin Briand

Par Aurore Blanc

« Le rêve, ça ne s’use que si on ne s’en sert pas! Si vous attendez que vos rêves prennent la poussière, eh bien, vous serez bientôt un vieil épouvantail ! » R.C.

Dans le Morbihan, à une heure environ de Rennes et en bordure du petit village de Lizio, au lieu-dit La ville Stéphant, la voyageuse étonnée voit surgir au bord de la départementale 174 de curieuses constructions. En se rapprochant un peu, elle se rend compte qu’il s’agit de maisons. Des maisonnettes tout droit sorties d’un conte bizarre et loufoque, au carrefour entre Alice au Pays des Merveilles et le Beetlejuice de Tim Burton. Exactement ce dont elle avait besoin pour satisfaire sa curiosité et son envie de nouveauté. Elle se gare le long de la palissade irrégulière et entre dans le jardin… Un écriteau simple et sans prétention l’accueille presque aussitôt, alors qu’elle se demande où se trouve l’accueil tout en contemplant une première sculpture : un drôle de personnage qui oscille indéfiniment sur une tige métallique au-dessus d’un petit bassin converti en fontaine. Le lieu semble être le sanctuaire d’un « fou amoureux du métal », comme le qualifient certains internautes. Robert Coudray, dont le nom n’apparaît presque nulle part tant est grande son humilité face à ce qui est devenu son œuvre, se dit lui-même « diplômé des hautes études buissonnières, bricoleur poète sponsorisé par la fée des décharges ». L’esprit du lieu est posé.


Loin de tout tapage médiatique, sans aucune subvention autre que les entrées des visiteurs et visiteuses, Robert Coudray a donné naissance, soudure après soudure, boulon après boulon, a un lieu aussi atypique que poétique, à la manière du palais du Facteur Cheval ou de la Demeure du Chaos (des articles sont à venir…). L’aventure (car c’est est une!) commence par la visite du «musée ».

Il est constitué d’un ensemble de bâtisses (dont certaines ont été construites par l’artiste lui-même) qui accueillent plus qu’elles ne renferment des sculptures animées faites de bric et de broc et joliment nichées dans des alcôves ou pendues au plafond. Car Robert Coudray aime les machines volantes et les êtres ailés qui rêvent de rejoindre les oiseaux. On déambule de pièce en pièce et de maisonnette en maisonnette, on appuie sur un bouton, et hop ! La magie opère. Les rouages se mettent en branle, les billes roulent, les fils se tendent, et parfois, même, une musique naît de tout cet attirail en mouvement, un instant plus tôt silencieux.

Si ses mécaniques possèdent en elles-mêmes une poétique qui leur est propre et des noms de rêve, l’atmosphère du lieu émane aussi de tous les textes que le ferrailleur et néanmoins poète a affichés sur les murs de son univers. Presque un pour chaque machine. Citations d’auteurs parlant du rêve et de l’inventivité, maximes du Dalaï Lama, réflexions sur sa propre création qui témoignent en toute modestie de ses pensées et questions sur l’art, la création, ses écueils et ses réussites…

Pour parachever ce rêve éveillé, le jardin s’ouvre soudain, à la fois tout petit et immense, où se dressent ces bicoques de contes de fées aperçues à l’arrivée. Ici, une maison-roulotte et une maison-bateau au bord d’un étang sont reliées par un fragile funambule de métal. Là-bas, une chapelle en forme d’oignon domine une butte couverte de fleurs. Là encore, une tour rayée de noir et de blanc enroule son sommet sur elle-même, comme un chapeau de lutin.

La voyageuse se prend à rêver en regardant le crépuscule dans l’étang, au milieu de cet univers d’oiseaux circassiens et de musiciens de métal, en écoutant les derniers rires des enfants venus jouer avec les machines du poète. Peut-être un autre monde est-il possible ? Un monde où l’on serait libre de créer, de jouer, de travailler différemment, d’interagir autrement avec la nature . Un monde où l’on ne cesserait jamais vraiment de jouer et où les rêves d’envol auraient une place légitime… Le message est clair. Et on n’en sort pas indemne.

Illustration de Antonin Briand


« Ce n’est pas parce que je ne sais pas voler
qu’il est impossible de voler »
R. Coudray

Le plus : restaurant « Le resto des prés » (avril à octobre) – produits biologiques et locaux + café-librairie et pâtisseries maison
Horaires d’ouverture : ouvert seulement les après-midis, de 14h à 18h, tous les jours ou seulement les week-ends selon les périodes de l’année.
Tarifs : ADULTE : 7,50€ : ENFANT/Etudiant/Chômeur : 6,50€ (3 ème enfant gratuit)
Site internet : https://www.poeteferrailleur.com/

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