Comment passer la douane israélienne

Illustration de Antonin Briand

Par Aya Gogishvili

S’il y a bien un pays qui m’a marquée dans tous ceux que j’ai eu la chance de visiter, c’est la Palestine (ou formulé autrement pour ne pas se créer de problèmes, l’Israël). Beaucoup de voyageurs parlent souvent d’une destination en particulier qui les a changés, qui les a fait grandir, qui a fait d’eux de nouvelles personnes. Pour moi, c’est sans hésiter que je nommerais ce petit pays troublé. Il y a d’immenses richesses à y découvrir, tant du côté israélien que palestinien, et je ne saurais que trop vous conseiller de tenter l’expérience à votre tour, en tant que bénévole, pélerin ou touriste. Mais nous en reparlerons dans d’autres articles.

Avant toute chose, il y a un passage obligé pour tout voyageur qui souhaite entrer sur le territoire israélien. Et c’est la douane! La seule, l’unique, la fameuse… Les israéliens sont connus pour la mise en place d’un contrôle frontalier parmi les plus draconiens au monde. Il faut donc s’y préparer un minimum. Et voici quelques petits conseils tirés de mon expérience, pour pouvoir vous en sortir sans encombres :

Gardez votre calme quoi qu’il se passe.

La douane israélienne pratique le profilage racial et social, il faut le savoir. Cela veut dire que si vous êtes d’une origine précise (notamment arabe, mais aussi française), d’une classe sociale particulière, ou encore tout simplement jeune, vous êtes suspect pour eux. Vous aurez donc droit à un traitement particulier, qui diffèrera des autres voyageurs. Dans mon cas, j’ai eu droit à des interrogatoires à répétition, fouilles au corps, vidage de la valise, retrait de certains objets de mon sac, test pour détecter la présence de drogues ou d’explosifs dans ma valise, tests complémentaires sur certains items (composants électroniques) en plus des étapes classiques pour entrer dans un avion. Cela ne m’est pas encore arrivé, mais les douaniers peuvent même demander à regarder votre compte facebook et vos mails. Préparez-vous à ces éventualités, et coopérez avec eux tout en gardant votre calme. C’est malheureusement un passage obligé pour tout voyage en Terre Sainte, et nous ne pouvons malheureusement rien y faire, aussi humiliantes que soient ces procédures. Plus vous leur opposerez une résistance, plus ils durciront leur protocole. Il est même arrivé à certains voyageurs d’être interdits de séjour à vie sur le territoire israélien, pour s’être rebellés contre ces contrôles frontaliers. Gardez donc votre calme, quoi qu’il se passe. Et coopérez avec les douaniers, mais soyez plus intelligents qu’eux.

Ne dites jamais que vous avez été du côté palestinien.

Cela peut paraître évident, mais expliquer à la douane que vous avez visité Jéricho, situé en territoire palestinien, ou encore Ramallah, est une mauvaise idée. Il est donc nécessaire de le rappeler. Avoir eu un rapport avec la population palestinienne pendant votre séjour peut vous rendre suspect aux yeux des douaniers, et durcir encore le protocole de sécurité qu’ils vous feront subir. Tous les israéliens n’ont pas cette opinion, mais la douane est représentative de la politique extrémiste de leur gouvernement. Et pour reprendre les propos d’un chauffeur de taxi rencontré à Tel Aviv : « Partout où il y a des arabes dans le monde, il y a des problèmes. Nous les israéliens sommes les seuls qui savons les tenir. » Cela donne une idée de la stigmatisation à laquelle fait face la population, et la douane n’y fait pas exception. Mieux vaut mentionner seulement ce que vous avez visité du côté israélien, pour ne pas vous créer de problèmes. Et à l’aller, dites que vous souhaitez visiter Israël.

Etablissez une stratégie, notamment au retour.

Lors de mes voyages en Terre Sainte, j’ai surtout séjourné du côté palestinien. On m’a donc conseillé de préparer un discours à tenir à la douane, en racontant un programme fictif de mon voyage pour faire croire qu’il avait eu lieu uniquement du côté israélien (on m’a conseillé de mentir, donc). Je l’ai fait, car je ne souhaitais pas être fichée comme « militante », et risquer de ne pas pouvoir revenir. Et ça a été un excellent conseil, qui a marché deux fois sur mes trois voyages. Préparez-vous à la douane, quitte à vous entraîner à parler. Le jour J, restez serein lors des interrogatoires. Préparez des preuves de ce que vous allez avancer : des souvenirs, des photos à présenter au douanier pour prouver vos dires. Et comme toujours, gardez votre calme. Dites-vous que dans le pire des cas, ils ne vous feront pas rater votre avion de retour.

Ne prenez pas de smartphone.

Comme je vous l’ai dit, les douaniers peuvent demander à regarder vos réseaux sociaux. Et si toutefois vous préparez un discours à la douane, cela peut vous mettre en difficulté. La dernière fois que j’ai passé les contrôles de sécurité à Ben Gurion, ce qui a empêché les douaniers de checker mon compte facebook était le téléphone que je leur ai présenté : j’avais pris un vieux téléphone incassable à touches… Rien ne vous empêche de prendre un appareil-photo et de vous envoyer un colis avant de passer la douane, quitte à sauvegarder vos souvenirs sur un cloud avant le retour. Et si toutefois vous décidez de garder avec vous votre smartphone, pensez à trier vos photos avant de rentrer. Cela vous évitera de subir de trop longs interrogatoires.

Aya, pour Voyage en Terres Contées.

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