Comment j’assistai à un rituel païen à minuit en pleine forêt de Brocéliande

Illustration de Antonin Briand

Par Aya Gogishvili

J’ai toujours aimé Brocéliande. La petite fille que j’étais et dont la voix résonne toujours en mon cœur se nourrissait de contes et légendes de toutes sortes, en particuliers issus de la tradition bretonne : les bois constituaient un merveilleux miroir de mes rêves d’enfant. Ils devinrent, plus tard, le terreau qui donna naissance à ma spiritualité. Brocéliande représente beaucoup pour moi. Ses arbres charrient des souvenirs de beuverie, de contemplation, d’expériences hors du rationnel, loin du raisonnable.

Et ma première nuit à faire du camping sauvage en est un très bel exemple. Toute jeune femme, j’avais soif d’aventure et d’échappées belles. Avec ma compagnonne d’aventure, Charley, nous avions décidé de partir dormir en tente non loin de la fontaine de Barenton. A l’issue d’une longue marche, nous commençâmes par nous désaltérer à l’eau de la source, avant de trouver une clairière où bivouaquer. Sans laisser une vieille peur ancestrale de l’obscurité nous rattraper à l’approche de la nuit, nous avons bu, mangé, ri ensemble et divagué comme à notre habitude avant de nous glisser dans nos sacs de couchage. Nous avions établi notre campement à quarante ou soixante mètres de la Fontaine. 

Charley s’endormit la première. Je restai à écouter les bruits apaisants de la forêt, planant dans un demi-sommeil tout à fait agréable. La nuit était alors complètement tombée, mais la Lune permettait de voir quelques ombres.

Soudainement, j’entendis des pas dans les feuilles. Je pensais d’abord rêver, et mon état somnolent me maintenait dans cet état d’esprit. Pourtant, les pas se rapprochaient de notre tente, et s’arrêtèrent près de nous avant de repartir. Je me dis que ce n’était probablement qu’un sanglier, même si cela ressemblait très fortement à des pas d’humain. Dans tous les cas, humain ou animal, c’était parti. Je me replongeai dans ma communion nocturne avec la mélopée sylvestre.

Quelques vingt minutes plus tard, je fus réveillée par un nouveau bruit. Des tambours rituels résonnaient, provenant des alentours de la Fontaine. Je regardai l’heure : minuit pile. Face à l’improbabilité de la situation, je décidai de réveiller Charley.

« Tu entends?  » Nous prêtâmes l’oreille au phénomène, et c’est alors qu’un homme et une femme se mirent à chanter une litanie cérémonielle au son des tambours. Je perçus de la curiosité dans les yeux de mon compagnon de route : «On va voir? » Non! D’un coup, j’eus peur de découvrir qui j’allais déranger en plein milieu de ce rituel. Nous restâmes donc dans la sécurité toute relative de notre tente. Le son des percussions chamaniques nocturnes nous fit planer, comme si nous étions nous aussi emportés par une transe magique…au sein de laquelle les bras réconfortants de Morphée nous recueillirent pour de bon.

C’était en fait, une cérémonie païenne de la fertilité, et ce fut ainsi que j’assistai (presque) à mon premier rituel non-chrétien, en plein milieu de la forêt de Brocéliande à minuit passée.

Illustration de Antonin Briand

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