Carnets de voyage – Une cascade hors du temps – Sombrio beach #2

Illustration de Antonin Briand (Heyton’studio)

Par Bastien Blanc

J’ai déjà dit que Sombrio Beach était un lieu paradisiaque, alors je vais parler plus en détail d’un endroit un peu magique aux abords de la plage, où j’ai vécu une drôle d’anecdote. Il s’agit d’une cascade, très facile à rater si on ne sait pas qu’elle est là. Je m’y suis rendu le jour de notre arrivée, sur les indications d’un de mes amis. Après dix minutes de marche le long de la plage, je croise le petit ruisseau qu’il faut remonter sur cent mètres à peine. Ce qui est fou, c’est qu’on passe instantanément de l’océan et du sable à la forêt humide, où se mêlent mousse épaisse, fougères et arbres dans les tons vert vif. Et d’un coup, je me retrouve devant une sorte de boyau aux parois mousseuses qui ondule, formé par le cours d’eau. On dirait presque un tunnel, des troncs d’arbres tombés au-dessus obscurcissent le tout. Le bruit de la cascade est maintenant assez fort, et on la discerne à quelques mètres. Je continue dans la gorge pour arriver dans une cavité circulaire où chute une eau glacée. La cascade est haute et mince, gracieuse et puissante. Je suis plongé dans une atmosphère irréelle, je n’ai jamais rien vu de pareil. On s’attendrait presque à trouver une nymphe ou un trésor caché là. Tout content de cette découverte, je retourne au campement regarder les gars surfer, et leur dis qu’il faut absolument qu’ils aillent voir ça ! C’est aussi cet après-midi là que la fumée de l’incendie commence à arriver vers nous depuis la côte opposée (voir Sombrio Beach, épisode 1).

Plus tard dans la journée, je croise sur le parking une fille super chargée, qui descend camper. Je lui propose de l’aider car je retourne aussi sur la plage, elle semble avoir beaucoup trop d’affaires pour elle toute seule. Gênée au départ, elle finit par accepter. On discute en marchant ; elle s’appelle Sidney. En fait, elle a déjà monté sa tente, plus loin sur la plage de galets.

Je lui parle de la cascade secrète que j’ai découverte le matin-même, et on décide d’y aller ensemble : elle ne l’a pas trouvée lors de ses visites passées. Le courant passe bien, à chaque fois que nos regards se croisent je suis troublé, ce n’est pas dur de tomber sous le charme. C’est une inconnue, mais bon, au moins je la fais rire. Après avoir admiré la cascade, on s’embarque dans une sacrée mission pour essayer d’atteindre le haut de la chute, par une pente boueuse où on s’accroche aux branches et aux fougères. On s’en met partout, et moi je suis pieds nus, pas top. On arrive tant bien que mal au-dessus de la cascade, c’est pas mal de la voir se jeter dans le goulot. Après quelques glissades lors de la descente, je me dis que je vais me rincer là : tant qu’à faire, ça fera office de douche. Me voilà donc en caleçon à me trémousser sous l’eau qui n’est vraiment pas chaude, mais c’est vivifiant ! On est tout seuls. Je la vois hésiter un instant, puis se mettre en sous-vêtements et me rejoindre. L’espace est petit, et encore ces regards croisés… On rigole du fait de se retrouver l’un comme l’autre presque à poil en pleine nature dans cet endroit magique avec un.e inconnu.e. Le lieu, la situation sont si incroyables que dans un élan de romantisme je suis pris d’une envie de l’embrasser, là, comme ça. Mais je suis sûrement le seul à me faire un film ! Je n’ose pas, l’instant est passé. On se rhabille et on prend le chemin du retour. Au moment de se quitter je l’invite à nous rejoindre autour du feu dans la soirée. Mais au final, elle n’est pas venue…

Je suis retourné plusieurs fois à cette cascade pendant mon séjour sur la plage de Sombrio : pour la montrer à mes amis, pour m’y laver, pour l’admirer. A  chaque fois j’étais happé par ce boyau et j’en ressortais ressourcé (un peu tremblant aussi), purifié même. C’est un de ces lieux qui ne laisse personne indifférent, un trésor que la nature a façonné à son rythme, si différent du nôtre, et qui nous est offert, si simplement. Dissimulée à la vue des randonneurs candides, mais toute proche, se parant de son manteau luxuriant pour celles et ceux qui savent remonter sa piste liquide… Et vous, la trouverez-vous ?

Pour retrouver le travail d’Antonin, rendez-vous sur son Instagram.

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