Demeures insolites #4 – Le palais idéal du facteur Cheval

Illustration de Antonin Briand (Heyton’studio)

par Aurore Blanc

« Quarante ans j’ai pioché
Pour faire jaillir de terre ce palais de fées. »
Joseph Ferdinan Cheval

Avant d’écrire cet article, j’ai cherché à me remémorer au mieux mes souvenirs d’enfant et d’ado. Le palais et son désormais célèbre créateur, le facteur Joseph Ferdinan Cheval, ont déjà beaucoup fait parler d’eux. On trouve en ligne et dans de nombreux ouvrages tout un tas d’informations devenues historiques concernant ce curieux personnage qui a en son temps défrayé la chronique, et je ne prétendrai pas vous les rapporter fidèlement. Mon but ici est plutôt de vous faire (re)découvrir avec mes yeux émerveillés d’antan un lieu devenu, à juste titre, hautement touristique ces vingt dernières années.

J’ai grandi dans le nord du Vaucluse, au carrefour de plusieurs départements très différents les uns des autres. A l’Ouest, le Gard, parsemé de somptueux vestiges romains où aqueducs et arènes se volent mutuellement la vedette depuis des millénaires. Au Nord-Ouest, L’Ardèche, ses collines desséchées aux pierres brûlantes et aux rivières salvatrices sous la chaleur mordante de l’été. Au Nord, la Drôme aux collines verdoyantes qui continue de me faire penser à La Comté du Seigneur des Anneaux. Et dans cet écrin, où parvient parfois à demeurer un peu de verdure quand la sécheresse l’épargne, la perle rare du département : le Palais du facteur Cheval. Trônant au cœur d’un village au joli nom de Hauterives, l’accès en est à présent bien indiqué, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Si André Malraux l’a déclaré monument historique en 1969, j’ose à peine imaginer quels ragots de village ont dû véhiculer les gens au sujet de ce drôle d’énergumène qui s’est attelé, pendant plus de trente ans, à bâtir ce monumental et singulier édifice. 

L’histoire raconte que c’est en en 1879, en buttant sur une pierre à la forme étrange lors de l’une de ses tournées de distribution de courrier, que le facteur Cheval eut une révélation. Il allait bâtir, sans aucune connaissance en la matière, un palais idéal, un lieu somptueux et magique à l’image de ses rêves les plus fous. Durant les 33 années suivantes, il ramassa patiemment les pierres qui lui plaisaient dans sa fidèle brouette en parcourant chaque jour la trentaine de kilomètres de sa tournée. Il ne se doutait pas alors que son œuvre, « l’œuvre d’un seul homme » comme il l’a gravé sur son palais, allait inspirer des artistes de courants très divers, notamment les surréalistes. 

Il faut dire que son travail a mille raisons de fasciner tout un chacun. Bâti sans respecter aucune norme, ni celles de l’architecture, ni celles relatives aux matériaux de construction,  entassant pêle-mêle les figures mythologiques et celles liées à la nature, il en émane une aura étonnante qui tient aussi bien de la beauté innocente d’un dessin d’enfant  que de la puissance d’un palais indien.

Je me souviens d’animaux exotiques : des girafes, des oiseaux, des crocodiles… Je me souviens aussi des grands escaliers permettant d’accéder aux terrasses en hauteur, et des toutes petites loges cachées sous les voûtes du rez-de-chaussée, dont on risquait de manquer les trésors de ciment et de coquillages si on ne longeait pas en la caressant toute l’imposante façade.

Je crois que ce qui me touche le plus dans ces « demeures insolites » qui me sont si chères et que je me plais à dénicher aux quatre coins de France et d’ailleurs, c’est cette volonté farouche de bâtir, de créer, non pour laisser une trace dans l’histoire mais parce que cela s’impose comme une évidence pour ceux qui, un matin, se sont levés avec ce projet fou qui a bouleversé et nourri leur vie entière. Tant mieux si l’on s’en souvient encore, et espérons que ce sera aussi le cas pour la Maison Sculptée de Jacques Lucas, La Demeure du Chaos ou l’univers du Poète Ferrailleur (voir articles précédents), car leur œuvre nous inspire et nous rappelle que rien n’est impossible à qui sait encore rêver.

Après avoir mis huit ans à assembler les fruits minéraux de ses collectes, Joseph Ferdinan Cheval ayant atteint le noble âge de 77 ans, trouva encore la force de bâtir son propre tombeau dans le cimetière de Hauterives. Aujourd’hui après « 10 000 Journées, 93 000 Heures, 33 ans d’épreuves », espérons qu’il y repose en paix auprès de toute sa famille, malgré le flot incessant de touristes qui ne cessent d’affluer pour contempler son œuvre.

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Informations pratiques :

Animaux non autorisés.

Sacs à laisser à la consigne.

Tarif : Adulte 9,50 / Enfants 5,50/ Réduit 6,50. Audioguides sur place 2 Euros

Horaires: Ouvert toute l’année sauf Noël et jour de l’an; voir le détail sur le site officiel https://www.facteurcheval.com/

ATTENTION : Face à l’afflux de visites, réservation fortement conseillée.

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