Chroniques de rando #11 – La Forêt de Huelgoat

Illustration de Antonin Briand (Heyton’studio)

Par Aurore Blanc , pour Antonin

Ce soir-là, les deux amoureux entrèrent dans la forêt de Huelgoat comme dans un livre de contes. La journée touchait à sa fin, le ciel tonnait au loin derrière les épais nuages gris, et les rares randonneurs qu’ils croisèrent se pressaient déjà pour retourner vers la ville. Et puis soudain, il n’y eut plus personne. Juste eux, les doigts noués, et leurs rires roulant sur leurs bouches hésitantes avant de résonner sous la voûte des arbres centenaires. Ils coururent sur les chaos rocheux où l’on dit que la reine Dahut précipitait ses amants lorsqu’elle s’en était lassée. Il glissèrent sur les mousses humides habillant le granit frais et tirèrent la langue aux premières gouttes de l’orage. Ils ignorèrent volontairement le Chemin des Amoureux qui grimpait, propre et blanc, à flanc de colline, et s’enfoncèrent dans les méandres pleins de lianes de la rive sud du ruisseau. Là, sous un entrelacs improbable de végétaux de toutes sortes, ils se prirent à sourire aux derniers rayons du soleil printanier, se rêvant explorateurs dans une jungle inconnue à l’autre bout du monde.

Ce soir-là, les deux amoureux suivirent l’eau pure de la Rivière d’Argent comme on suit une destinée mystérieuse sans trop savoir où elle va nous mener. Ils savaient bien que la rivière devait son nom à l’exploitation d’anciennes mines de plomb argentifères au 18e siècle. Mais pour cette fois, ils décidèrent que c’était parce que cette rivière était le domaine des fées de Huelgoat. Ils s’assirent de longues minutes sur les énormes racines des chênes pédonculés pour enregistrer le chant des oiseaux. Plus loin, ils trouvèrent un peu par hasard la grotte d’Artus qui leur offrit pour un moment un abri au sec. Il y admirèrent les motifs dessinés par la mousse qui ressemblaient à des symboles magiques et secrets. Peut-être un message, ou une formule de protection pour l’un des tombeaux supposés du légendaire roi Arthur ?

Ce soir-là, les deux amoureux, attirés par une force mystérieuse, mouillés pour mouillés,  descendirent à nouveau rejoindre le ruisseau. Une petite cascade leur chantait un couplet qui ne leur semblait pas inconnu. Les pieds dans l’eau, les cheveux plein de petites gouttes de pluie, ils écoutèrent à nouveau la mélopée sylvestre. Et puis ils virent une étrange libellule volant à la verticale descendre vers eux depuis les frondaisons. Elle bougeait vite. Elle resta un moment. Ils la regardèrent en silence. Parce qu’ici, dans la forêt de Huelgoat (dont on dit qu’à une époque elle s’étendait jusqu’à rejoindre le pays de Brocéliande), une libellule qui vole avec le corps à la verticale, ça s’appelle une fée. 

Ce soir-là, l’orage gagnait en intensité sur la forêt de Huelgoat. Les deux amoureux émerveillés retournèrent vers le village en coupant à travers les bois, par les sentiers des animaux, en s’emmêlant les cheveux dans les branches basses des hêtres et des charmes. En se faufilant entre les blocs de granit, probablement jetés là par un Gargantua en colère de s’être vu offrir une mauvaise bouillie de blé noir par les habitants de la région, ils trouvèrent l’entrée sombre et abrupte de la Grotte du Diable. Là où se jette en grondant la rivière d’Argent. Après avoir échangé un regard complice, ils descendirent sans hésiter la petite échelle, manquant plusieurs fois de se casser la figure sur la roche lisse et trempée. Ils comprirent alors la pertinence de son nom. La légende raconte qu’un révolutionnaire poursuivi par les Chouans y aurait trouvé abri et, devant le feu qu’il aurait allumé pour se réchauffer, son chapeau orné deux plumes rouges et la fourche qu’il tenait pour se défendre l’auraient fait passer pour le Diable, épouvantant ses poursuivants. 

Tapis dans la fraîcheur de l’Antre, ils écoutèrent gronder le torrent qui se jetait entre les rocs vingt mètres en contrebas. Alors, ils levèrent les yeux vers la lumière, en haut. Ils contemplèrent la mince ouverture en forme d’œil bordée de branches verdoyantes et de lianes sauvages. La porte des Enfers ? Définitivement pas. Mais une porte vers un autre monde, à n’en pas douter.

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Informations pratiques :

Parc Naturel Régional D’Armorique.
Pour accéder au plan de la ville et de tous les lieux magiques à voir dans la forêt, cliquez ici !

NB : Il est possible de sa garer dans le village le long du grand lac, mais plusieurs autres parkings sont accessibles dans les hauteurs et permettent de rentrer par le haut de la forêt.

Nos coups de cœur :

*Café -librairie :  L’Autre Rive est un délicieux petit jardin sauvage au cœur même du parc forestier où il fait bon lire et se reposer à l’ombre. 

*Notre boutique préférée : N’hésitez-pas à rendre visite à la Renarde à Plumes qui tient l’incroyable boutique Ze Witches, artisanat local autour du thème de la sorcière !
Adresse : 23 Rue des Cendres, 29690 Huelgoat

Retrouvez le travail d’Antonin sur son Instagram !

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