Chroniques de rando #12 – Le Jardin aux Moines de Brocéliande

Illustration de Antonin Briand (Heyton’studio)

Par Aya Gogishvili

Je ne compte plus le nombre de balades que j’ai pu faire en pays de Brocéliande. Bien que l’aura magique de la Forêt soit quelque peu gâchée par le nombre de touristes qui y gravitent, ses sous-bois comptent beaucoup de lieux qui valent la peine d’être découverts. Nous en avons déjà parlé (n’hésitez pas à aller lire nos articles sur le Tombeau des Géants, la Fontaine de Barenton et le Château de Trécesson) et d’autres articles sont à venir… 

Il y a beaucoup à dire sur la Forêt de Brocéliande, et ses lieux les plus riches sont à différencier de certains autres peu intéressants, comme le Tombeau de Merlin par exemple. Parmi ceux qui m’ont marquée de par leur atmosphère particulière, je voudrais vous parler aujourd’hui du Jardin aux Moines. 

Connu aussi sous le nom du Jardin des Tombes, l’endroit compte un tumulus datant du néolithique moyen situé non loin de Néant-sur-Yvel dans le Morbihan. Appartenant à l’ensemble des Buttes aux Tombes, il est composé de vingt-sept blocs de quartz, poudingue et schiste selon plusieurs sources, disposés en trapèze sur environ vingt-cinq mètres de longueur. L’ensemble a été dégagé totalement lors de fouilles datant de 1984, qui ont permis de découvrir des poteries et la trace d’un foyer non loin de ses pierres. Ainsi, des vases datant du néolithique ont été retrouvés sur le site, et attestent donc de la présence d’un monument déjà en 2500 avant J.C. Mais la fonction probablement cultuelle de celui-ci reste un mystère qui n’a pas encore été éclairci. 

Il se raconte deux légendes qui expliquent la formation du tumulus. En premier lieu, on raconte que des moines de Tréhorenteuc passaient leur temps à festoyer avec les seigneurs locaux plutôt qu’à la prière et au travail. Un jour de banquet en pleine forêt, Saint Méen les surprit et les rappela à une vie plus chaste et sage. Ils le chassèrent en se moquant de lui. La punition divine ne se fit pas attendre. Les moines et les seigneurs furent aussitôt foudroyés sur place et changés en pierre, et reposent depuis lors dans le lieu que nous connaissons aujourd’hui. 

La deuxième histoire date elle aussi du temps de Saint Méen. On raconte que le Seigneur Gastern était un homme impie et bien plus concerné par la chasse et la ripaille que par la messe du dimanche. Il aimait à s’entourer d’une bande de soudards qui lui servait de garde rapprochée, avec qui il accomplissait nombre de méfaits sans se soucier du bien de son prochain. Pourtant, son neveu lui portait un amour inconditionnel, et tentait de le ramener à la raison par tous les moyens. Un jour, il le supplia de venir assister aux Vêpres de la Toussaint, inquiet pour le salut de son âme. Son oncle lui répondit par un grand cri de colère : “Je n’irai pas chanter avec tes petits moines, ton dieu n’est pas mon dieu! J’irai à la chasse, peu m’importe vos fariboles! Chante pour moi si tu veux, et prie ton dieu mais laisse-moi tranquille!” 

Le jour venu, la forêt résonnait des hurlements féroces des hommes, accompagnés par les aboiements de leurs chiens en chasse. Les paroissiens étaient terrifiés, mais se rendirent pourtant à la messe. Et lorsque l’office se termina, ils furent étonnés de trouver les sous-bois empreints d’un calme profond, qui contrastait avec le vacarme qui y régnait une heure auparavant. Armés de leur courage, de fourches et de torches, les villageois partirent à la recherche de leur seigneur et de ses bandits. Ce n’est qu’à la nuit tombée qu’ils arrivèrent sur une partie de la lande où on enterrait les morts du temps des anciens dieux. Surmontant leur peur d’être dehors à une heure aussi tardive (chacun sait que la nuit appartient au Petit Peuple en Bretagne, et que la lande est leur royaume), ils réussirent alors à obtenir des réponses à leurs questions. 

En lieu et place de l’équipée du seigneur Gastern, il ne subsistait qu’un rectangle de pierres rouge et blanc. Ils comprirent alors que la colère divine avait foudroyé les mécréants, les changeant en roche pour l’éternité. 

Personnellement, lorsque je m’y suis baladée, les sous-bois entourant le tumulus m’ont inspiré un sentiment de secret bien gardé, qui donne une aura particulière à la clairière où se trouve le tumulus. Lorsque le vent souffle dans les feuilles aux alentours, c’est comme un murmure interdit. Et c’est bien dommage de ne pas pouvoir l’entendre et le comprendre… Enfin, si le Jardin aux Moines m’a fait une telle impression, c’est aussi parce que j’y ai trouvé des stigmates d’outils ayant servi à la pratique de rituels magiques aux alentours… Quelques petits autels garnis d’ingrédients et de pierres étaient disposés près d’arbres aux alentours, dissimulés parmi quelques constructions érigées par les promeneurs. Etrange…

Des sorcièr-e-s se rassembleraient-elles là la nuit pour pratiquer leur art? Mais pour quelle raison? 

Serez-vous assez courageux pour le découvrir par vous-mêmes? 

Pour accéder au Jardin aux Moines

Le Jardin aux Moines, 56430 Néant-sur-Yvel

Si vous voulez en apprendre plus sur les recherches archéologiques qui ont été faites sur le site, cliquez ici!

Site de l’office de tourisme de Paimpont pour en savoir plus…

Retrouvez le travail d’Antonin sur son Instagram !

Retrouvez le travail d’Aya sur son Instagram et sur son blog !

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