Voyages Parallèles – Se perdre dans les ruines du château du Guildo

Illustration de Antonin Briand (Heyton’studio)

Par Isabelle Mégard-Navarro

Au mois de juin dernier, à l’occasion d’un séjour de quelques jours dans les Côtes-d’Armor afin de visiter une très bonne amie, j’ai découvert en sa compagnie les ruines d’un château qui a connu son apogée au milieu du XVe siècle. Au cours de la visite de ses vestiges, l’atmosphère était tellement poétique que j’ai voulu en garder une trace en rédigeant un petit texte qui je l’espère vous donnera envie de découvrir ce lieu magique.

En arrivant sur le pont, notre regard fut attiré par une luminosité qui provenait de notre gauche. Quelle surprise de voir apparaître, en haut d’un éperon rocheux, de majestueuses pierres dorées mises en valeur par les rayons du soleil ! Elles étaient tout simplement envoûtantes et nous décidâmes d’aller les découvrir de plus près. Une centaine de mètres après le pont, un panneau indicateur nous sembla correspondre à notre vision : « Château du Guildo ». Apparemment, il nous suffisait de tourner à gauche puis de rouler encore quelques kilomètres pour l’atteindre. Une fois sur place, nous fûmes ravies de constater que le parking était vide. Il faut dire que nous étions en plein milieu de la semaine, en dehors des vacances scolaires et que ma montre indiquait qu’il était plus de 20 heures. Nous eûmes d’ailleurs du mal à le croire tant la lumière du jour en ce mercredi 8 juin était vive, et nous ne fûmes plus certaines que notre idée de visite fût bonne. Ce site historique n’allait-il pas être fermé à cette heure-ci ? Eh bien, non ! À l’entrée, nous découvrîmes que son accès est libre et gratuit toute l’année, certainement du fait de son appartenance au domaine public.

Ce faisant, je fus éblouie par les rayons du soleil qui passaient à travers l’arche sous laquelle je me trouvais et je dus cligner des yeux. C’est alors que je fus entraînée dans un tourbillon qui me parut sans fin. Pourtant, il s’arrêta soudain, et à ce moment précis, je pus distinguer devant moi un couple vêtu de costumes médiévaux (en tout cas, étant une adepte des fêtes médiévales, c’est l’impression que j’en eus). Dès que la femme et l’homme qui le formaient comprirent que je les avais repérés, ils me firent signe de les suivre et pendant plusieurs dizaines de minutes, ils me tinrent compagnie. Ils mirent un point d’honneur à me faire parcourir les différentes parties constitutives du château et bien qu’ils ne prononçaient pas un mot, leur amour pour les lieux transparaissait. Pas à pas, ils me montrèrent la forge, les écuries, les communs, les cuisines, mais surtout leurs appartements. Bien qu’il ne reste plus rien, plus aucun meuble, seulement quelques murs de pierre et quelques escaliers, les rayons du soleil couchant suffisaient à créer un décor qui, à mes yeux, était enchanteur.

Lorsque nous atteignîmes le sommet d’une des deux tours donnant sur la Rance, ils disparurent. Je tentai, en clignant des yeux, de les faire de nouveau apparaître et un instant, en sentant un souffle derrière moi, je crus y être parvenue. Mais finalement, non, la magie n’opérait plus, car en me retournant, c’est ma partenaire de pérégrinations que j’aperçus.

Sur le chemin du retour, cette dernière m’apprit qu’elle m’avait suivie pendant toute la durée de notre visite, étonnée de mon silence et de voir que le château ne semblait avoir aucun secret pour moi. De peur qu’elle ne me prenne pour une folle, je ne lui avouai pas que mon apparente connaissance des lieux était due à la présence de deux compagnons venus d’un autre siècle.

Dans la nuit, une fois la villa où je logeais endormie, je me précipitai sur Internet afin d’en savoir plus sur le site historique dans lequel je venais de passer une des heures les plus captivantes de ma vie. J’y appris alors que mes hôtes se nommaient Françoise de Dinan et Gilles de Bretagne et qu’ils avaient été les propriétaires du château du Guildo au moment de son apogée, soit au milieu du XVe siècle. Ils furent mariés en 1444 alors qu’elle n’avait que 8 ans et lui la vingtaine.  Gilles est né dans les années 1420 et fut élevé à la cour d’Angleterre avec le jeune prince Henry (futur Henry VI), en gage de bonne entente du duc avec les Lancastre. Pro anglais, Gilles fut emprisonné en 1446 par son frère, François 1er de Bretagne, lorsque ce dernier décida de changer de politique et de prendre, contrairement à leur père Jean V, le parti du royaume de France. Gilles de Bretagne fut exécuté en 1450. Françoise, bien que marquée par sa disparition, et ce malgré son jeune âge, fut remariée à Guy XIV de Laval qui aurait pu être son grand-père ! À cette période, elle quitta le château du Guildo pendant un bon moment. Celui-ci sombra alors dans un oubli provisoire. Mais elle y revint à la fin des années 1480 et fit faire de nombreux travaux de reconstruction. Après sa mort, en 1499, son fils puis son petit-fils reprirent la succession du château, mais ils le négligèrent. Au XVIe siècle, tout comme à la fin du XVe, le château subit de nombreux sièges, qui le ruinèrent et l’empêchèrent de retrouver sa splendeur d’autrefois. Le XIXe siècle fut celui de l’abandon total. La cour fut mise en culture, les murailles servirent de carrière de pierre, et ce pillage ne cessa qu’avec l’achat du site par le département en 1981.

Le lendemain, au réveil, je sentis qu’ils avaient été présents dans mes rêves et il me sembla que je garderai longtemps en mémoire le souvenir de cette visite et que ces vestiges ne seraient pas pour moi ceux d’un jour, mais ceux de toujours. 

***

Plus d’informations sur le Château du Guildo ?

Sinon, vous pouvez retrouver le travail d’Antonin sur son compte Instagram!

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